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Bonne santé : arrêtons l’obsession !

«Simple, sain et bon » : ces trois mots, devenus récemment l’emblème de la cuisine « nature » d’un grand chef étoilé, claquent comme la promesse d’une vie meilleure. Non seulement Alain Ducasse en a fait le titre de son dernier livre de cuisine (Nature : simple, sain et bon – Ed. A. Ducasse 2009), mais cette nouvelle trinité, désormais inscrite au fronton de ses restaurants, trouve un écho particulier dans nos vies. Vivre sainement est devenu un sésame prometteur, celui qui nous ouvre les portes d’une existence en pleine forme, loin du stress, de la maladie et du vieillissement. Pas un jour sans que l’on nous parle d’aliments « qui font du bien », de gestes « protecteurs pour la santé », susceptibles de nous « faire gagner quelques années ». Industriels et publicitaires l’ont bien compris, et profitent de nos angoisses de maladie et de déchéance pour nous proposer toujours plus de produits « naturels », « bio », « équilibrés », « verts », « bons », « sains »…

Si nous sommes devenus très réceptifs aux messages de santé, ce n’est pas sans raison. « Plus de 30 % de ce qui nous fait vieillir ou nous rend malade n’est pas lié à nos gènes, mais à notre mode de vie », assure Dominique Lanzmann Petithory, gérontologue, nutritionniste et médecin du sport à l’hôpital Émile-Roux, à Limeil- Brévannes (94), également auteure de La diététique de la longévité (Odile Jacob 2004).

L’obligation du “Vivre sain”

Il y a cinquante ans, nous ignorions les effets – bons ou mauvais – induits par certains de nos comportements. Dans les années 1960, manger de la viande midi et soir était gage de bonne santé et signe de réussite… Aujourd’hui, le végétarisme monte en puissance, et le poisson – désigné comme aliment santé par excellence – a délogé la viande de nos assiettes. Sauf que le poisson, avec son trop-plein de mercure, commence également à prendre du plomb dans la nageoire. Que nous le voulions ou non, nous sommes désormais acteurs de notre santé, responsables de nos actes et de leurs conséquences.

« Nous savons dorénavant qu’en changeant certaines de nos habitudes de vie nous pouvons modifier la donne et vivre en meilleure santé plus longtemps », souligne Yann Rougier, médecin spécialisé en neurobiologie et en nutrition, auteur de Se programmer pour guérir. C’est la raison pour laquelle toutes nos activités – manger, boire, dormir, bouger, respirer, aimer – sont décortiquées, étudiées à la loupe. Avec, à la clé, quelques centaines de conseils, d’avis de médecins, de nutritionnistes, de psys, de spécialistes… Et, dans ce domaine, la contradiction est souveraine. Les maladies cardio-vasculaires et le cholestérol augmentent ? Les graisses sont bannies… avant d’être en partie réhabilitées. Le sucre devient alors l’ennemi numéro un. Depuis des années, il nous est conseillé de boire un litre et demi d’eau par jour ? Une étude américaine (« Just add water » de Dan Negoianu et Stanley Goldfarb, in Journal of the American Society of Nephrology, avril 2008) de l’université de Pennsylvanie vient de faire perdre à notre « partenaire minceur » de sa crédibilité. Idem pour les huit heures de sommeil par nuit. On sait désormais que les rythmes varient d’un individu à l’autre, sans conséquence pour la santé.

On pourrait multiplier les exemples, car il en va du « vivre sain » comme du prêt-à-porter, une mode semble en chasser une autre. Yann Rougier s’est amusé à dénombrer ces conseils. Selon lui, sur Internet, il existe plus de dix-sept millions de liens uniquement pour la nutrition… « On atteint le point zéro de l’information, puisque l’on trouve tout et son contraire, explique-t-il. Le “manger cru” fait face au “manger cuit”, le “régime dissocié” s’oppose au “régime protéiné”… » Nous sommes submergés par un flux d’informations complexes et d’études parfois contradictoires, à tel point qu’il devient difficile de trouver – et de garder – ses repères. À force, nous sommes devenus des techniciens dépossédés de notre libre arbitre. « Notre corps nous parle en permanence, mais nous ne l’entendons plus, insiste le médecin. Nos messages personnels sont parasités par le tintamarre extérieur, qui empêche les espaces de paix indispensables pour s’interroger sur soi. » Nos choix ne sont plus guidés par le plaisir ou le bon sens, mais par ces mots : « Bon pour la santé. » Ainsi, la simple promenade s’est-elle transformée en pilier de notre hygiène de vie, avec, à la clé, l’oxygénation du cerveau, la tonification du corps et de tous les organes, une meilleure protection contre le diabète, l’infarctus, certains cancers, la dépression et une vie rallongée de quatorze années (« Combined impact of health behaviours and mortality in men and women » de K.-T. Khaw et al., in Public Library of Science Medicine, janvier 2008). À condition toutefois que le « geste » soit exécuté quotidiennement pendant au moins une demi-heure, à un rythme soutenu.

Voilà comment, en peu de mots, un acte spontané devient une obligation. Nous ne parlons plus d’une salade de mâche, d’une tomate, d’un yaourt nature ou d’un verre de vin rouge, mais d’oméga-3, de lycopènes, de probiotiques et de flavonoïdes…

« Vivre sainement selon des dogmes basés sur des critères externes ne fonctionne pas », affirme Gérard Apfeldorfer, psychiatre et psychothérapeute spécialiste des troubles du comportement alimentaire. Sur le plan nutritionnel, ces injonctions contribuent à développer un fort sentiment de culpabilité dès que nous commettons un écart, que celui-ci soit réel ou supposé. Et Gérard Apfeldorfer de rappeler que l’orthorexie (croire que l’on va tomber malade si l’on ne mange pas sain) est un trouble du comportement alimentaire sérieux, au même titre que l’anorexie ou la boulimie : « Ce que j’observe dans mon cabinet, ce n’est pas tant la volonté de manger sain que la démesure de ce comportement, qui vire à l’obsession. »

La recherche de perfection conduit immanquablement à l’isolement social. Finis les repas en famille, au restaurant, entre amis. Or, le repas n’est pas seulement pourvoyeur de bons nutriments, il crée aussi du lien. La relation aux autres fait partie des éléments importants d’une vie équilibrée. Une publicité récente pour une marque de voiture met en scène la vie de la communauté Atmos. Cette « tribu », bien décidée à vivre sainement, en osmose avec la nature, commence par bannir l’automobile pour finir par se priver de tout, même de parler, puisque cela pollue. « Parallèlement à cette montée en puissance du “sacro-sain”, on voit apparaître une “délinquance” vis-à-vis du discours de santé, remarque Gérard Apfeldorfer.

La pression est telle que certains décident de transgresser ces règles, un peu comme le fumeur le soir dans son bureau. Le mangeur de gâteaux, le buveur de vin deviennent de sympathiques hors-la-loi. »

Mais comment avoir une vie saine sans perdre la tête ? En faisant appel à notre bon sens ! Dans « vivre sainement », il y a d’abord « vivre », rappelle à ses lecteurs Susan M. Love, médecin américaine, qui conseille d’arrêter de suivre toutes les recommandations à la lettre… afin de vivre un peu ( In Live a Little ! Breaking the Rules Won’t Break Your Health de Susan M. Love, Alice D. Domar et Leigh Ann Hirschman – Crown, 2009, en anglais). Il faut prendre du recul par rapport aux règles : parler de « facteurs de risque », ce n’est pas parler de maladies. Elle cite aussi l’exemple de l’activité physique : si les bénéfices potentiels sont indéniables, les risques liés à sa pratique existent, surtout pour ceux qui n’en font jamais (risques d’infarctus, de tendinites, d’entorses…). Il existe des raisons bien plus sympathiques de se mettre à une activité physique : prendre l’air, s’amuser, partager un bon moment avec un ami…

Finalement, la vie saine, c’est un peu celle que nous menons aujourd’hui. D’ailleurs, Gérard Apfeldorfer estime que « nous allons bien et vivons mieux qu’avant (notre espérance de vie par an). Notre environnement est moins pollué qu’au XIXe siècle, notre alimentation est plus saine et plus variée ».

Alors arrêtons de trop nous inquiéter !

Santé : les mots-clés

Devant la profusion d’informations auxquelles nous sommes soumis, l’Inserm a mis au point un précis de vocabulaire (« Repères en épidémiologie », Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), décembre 2009).

La prévalence indique le nombre de cas d’une maladie rapporté à une population donnée à un moment précis. Une maladie est dite rare lorsque sa prévalence est inférieure à un cas sur deux mille.

L’incidence exprime le nombre de nouveaux cas d’une maladie étudiée par rapport à une population donnée, sur un temps donné. Exemple : au cours de la semaine du 6 au 12 avril 2009, trente-trois nouveaux cas de grippe pour cent mille habitants en France ont été recensés. Ce qui ne fait qu’une incidence de 0,033 %.

Les facteurs de risque sont l’ensemble des caractéristiques (âge, sexe, antécédents, modes de vie…) qui peuvent être associées à une maladie particulière. Un taux de cholestérol élevé est un facteur de risque de maladies cardio-vasculaires chez l’homme. Attention ! Un facteur de risque n’est pas nécessairement un facteur responsable de la survenue de la maladie.

October 9, 2015 / Posted by / Bonne santé : arrêtons l’obsession !